Voici un article paru dans le journal
Le monde, sur les interets de l'enfant dans un couple homosexuel. Merci a eux de leurs soutien ;)
Le rejet de l'homoparentalité et, a fortiori, de l'adoption d'un enfant par un ou des parents homosexuels est généralement justifié par des craintes pour le bien-être de l'enfant. Lorsque la Cour européenne a choisi, en février 2002, de confirmer la légitimité du refus d'agrément à un individu désirant adopter du seul fait de son homosexualité, l'un de ses arguments a été que la communauté scientifique était justement divisée sur la question de l'intérêt de l'enfant. Toutes les études récentes sur la question semblent pourtant démontrer que psychiatres, psychologues et autres spécialistes de l'enfance ne sont pas si divisés que certains veulent bien le laisser entendre.
En 1991, une enquête de l'American Psychological Association arrivait à la conclusion suivante : "Il est évident que l'homosexualité est compatible avec un rôle efficace de parent, que les lesbiennes et les gays qui sont parents sont aussi aptes dans leurs rôles que les hétérosexuels, et que la vie familiale qu'ils assurent est au moins d'aussi bonne qualité. Les enfants ne semblent en aucune façon être en position de risque à cause de l'homosexualité parentale." L'étude avançait que la qualité de la relation parentale primait sur tout le reste, et que l'essentiel pour les enfants était d'avoir des adultes cohérents avec de bonnes compétences éducatives. Sur la question de la discrimination, c'est-à-dire sur les moqueries que peuvent subir les enfants de gays et de lesbiennes de la part des autres enfants, l'enquête affirmait qu'ils n'avaient pas plus de problèmes psychologiques que les autres. Un parallèle était fait avec les familles des minorités raciales et ethniques : les enfants peuvent être confrontés à des discriminations, mais ils apprennent à les combattre, notamment avec l'aide de leurs parents.
En 1994, une étude britannique sur des jeunes adultes élevés par des mères hétérosexuelles et d'autres élevés par des mères homosexuelles démontrait qu'il n'existait aucune différence de comportement entre les deux groupes. Cette étude signalait par ailleurs que 91 % de ceux qui avaient été élevés par des mères homosexuelles étaient hétérosexuels.
En France, Stéphane Nadaud, dans sa thèse de doctorat de médecine sur les enfants élevés par des familles homoparentales, arrive aux mêmes conclusions. Soutenue en octobre 2000, la thèse de ce jeune pédopsychiatre s'intitulait Approche psychologique et comportementale des enfants vivant en milieu homoparental, et concernait 58 jeunes âgés de 4 à 16 ans. Selon ces travaux, ces filles et ces garçons ne "vont pas plus mal que les autres", et ne "présentent pas de pathologie particulière" au motif qu'ils sont élevés par des parents homosexuels.
Stéphane Nadaud, qui s'est dit "étonné" par la décision de la Cour européenne, avait eu envie de travailler sur le sujet à cause des "a priori" véhiculés par certains de ses confrères. Pour lui, "l'homosexualité ne constitue pas, en soi, un facteur de risque", et pour une raison finalement très simple : "Depuis 1983, elle ne fait plus partie de la classification internationale des maladies mentales, établie par l'Organisation mondiale de la santé."
L'Académie américaine de pédiatrie (AAP), qui regroupe plus de 55 000 médecins, a annoncé, en février 2002, qu'il n'existe aucune raison légitime pour empêcher un individu ou un couple homosexuel de devenir parent. L'institution recommande d'ailleurs que les enfants élevés par des couples homosexuels soient adoptés par le partenaire de leur parent, estimant que "les enfants naturels ou adoptés d'un partenaire dans un couple d'homosexuels masculins ou de lesbiennes ont droit à la sécurité (qu'apportent) deux parents légalement reconnus". L'AAP affirme que la sécurité des enfants est mieux assurée par deux parents reconnus juridiquement comme tels : "L'adoption par le second parent protège le droit de l'enfant à garder des relations avec les deux parents", en cas de disparition du père ou de la mère, ou de séparation du couple. La stabilité apportée par un second parent légal joue en matière de droit de garde ou de visite, de couverture médicale (largement privée aux Etats-Unis), de responsabilité juridique et de sécurité financière pour l'enfant.
La crispation sur l'homoparentalité relèverait donc plus du préjugé qu'elle ne s'appuierait sur de réels critères scientifiques. Les Pays-Bas et la Suède ont, pour leur part, dépassé ce qui apparaît comme une barrière psychologique en officialisant cette catégorie parentale : parents homosexuels, certes, mais parents avant tout.
Emmanuelle Jardonnet
Le rejet de l'homoparentalité et, a fortiori, de l'adoption d'un enfant par un ou des parents homosexuels est généralement justifié par des craintes pour le bien-être de l'enfant. Lorsque la Cour européenne a choisi, en février 2002, de confirmer la légitimité du refus d'agrément à un individu désirant adopter du seul fait de son homosexualité, l'un de ses arguments a été que la communauté scientifique était justement divisée sur la question de l'intérêt de l'enfant. Toutes les études récentes sur la question semblent pourtant démontrer que psychiatres, psychologues et autres spécialistes de l'enfance ne sont pas si divisés que certains veulent bien le laisser entendre.
En 1991, une enquête de l'American Psychological Association arrivait à la conclusion suivante : "Il est évident que l'homosexualité est compatible avec un rôle efficace de parent, que les lesbiennes et les gays qui sont parents sont aussi aptes dans leurs rôles que les hétérosexuels, et que la vie familiale qu'ils assurent est au moins d'aussi bonne qualité. Les enfants ne semblent en aucune façon être en position de risque à cause de l'homosexualité parentale." L'étude avançait que la qualité de la relation parentale primait sur tout le reste, et que l'essentiel pour les enfants était d'avoir des adultes cohérents avec de bonnes compétences éducatives. Sur la question de la discrimination, c'est-à-dire sur les moqueries que peuvent subir les enfants de gays et de lesbiennes de la part des autres enfants, l'enquête affirmait qu'ils n'avaient pas plus de problèmes psychologiques que les autres. Un parallèle était fait avec les familles des minorités raciales et ethniques : les enfants peuvent être confrontés à des discriminations, mais ils apprennent à les combattre, notamment avec l'aide de leurs parents.
En 1994, une étude britannique sur des jeunes adultes élevés par des mères hétérosexuelles et d'autres élevés par des mères homosexuelles démontrait qu'il n'existait aucune différence de comportement entre les deux groupes. Cette étude signalait par ailleurs que 91 % de ceux qui avaient été élevés par des mères homosexuelles étaient hétérosexuels.
En France, Stéphane Nadaud, dans sa thèse de doctorat de médecine sur les enfants élevés par des familles homoparentales, arrive aux mêmes conclusions. Soutenue en octobre 2000, la thèse de ce jeune pédopsychiatre s'intitulait Approche psychologique et comportementale des enfants vivant en milieu homoparental, et concernait 58 jeunes âgés de 4 à 16 ans. Selon ces travaux, ces filles et ces garçons ne "vont pas plus mal que les autres", et ne "présentent pas de pathologie particulière" au motif qu'ils sont élevés par des parents homosexuels.
Stéphane Nadaud, qui s'est dit "étonné" par la décision de la Cour européenne, avait eu envie de travailler sur le sujet à cause des "a priori" véhiculés par certains de ses confrères. Pour lui, "l'homosexualité ne constitue pas, en soi, un facteur de risque", et pour une raison finalement très simple : "Depuis 1983, elle ne fait plus partie de la classification internationale des maladies mentales, établie par l'Organisation mondiale de la santé."
L'Académie américaine de pédiatrie (AAP), qui regroupe plus de 55 000 médecins, a annoncé, en février 2002, qu'il n'existe aucune raison légitime pour empêcher un individu ou un couple homosexuel de devenir parent. L'institution recommande d'ailleurs que les enfants élevés par des couples homosexuels soient adoptés par le partenaire de leur parent, estimant que "les enfants naturels ou adoptés d'un partenaire dans un couple d'homosexuels masculins ou de lesbiennes ont droit à la sécurité (qu'apportent) deux parents légalement reconnus". L'AAP affirme que la sécurité des enfants est mieux assurée par deux parents reconnus juridiquement comme tels : "L'adoption par le second parent protège le droit de l'enfant à garder des relations avec les deux parents", en cas de disparition du père ou de la mère, ou de séparation du couple. La stabilité apportée par un second parent légal joue en matière de droit de garde ou de visite, de couverture médicale (largement privée aux Etats-Unis), de responsabilité juridique et de sécurité financière pour l'enfant.
La crispation sur l'homoparentalité relèverait donc plus du préjugé qu'elle ne s'appuierait sur de réels critères scientifiques. Les Pays-Bas et la Suède ont, pour leur part, dépassé ce qui apparaît comme une barrière psychologique en officialisant cette catégorie parentale : parents homosexuels, certes, mais parents avant tout.
Emmanuelle Jardonnet